J'ai eu la chance de faire une longue entrevue avec Natalie ce soir.
Je dois débuter en précisant que Natalie se porte très bien ce soir. Elle semble de plus en plus à l'aise dans le processus d'acclimatation. Son appétit ne lui fait pas défaut, même qu'elle mange très bien. Pour l'hydratation elle continue avec un bon quatre litres par jour. Par contre, elle est un peu tannée du goût du Tang (oui oui cette poudre sucrée qui colore l'eau). Les maux de tête sont présents le matin et se dissipent après un bon petit déjeuner, beaucoup de liquide et quelques Advils. c'est quand même bon signe de savoir qu'elle sait se débarrasser des maux de tête, elle est de mieux en mieux acclimatée. Le froid semble être un facteur d'inconfort ce soir, les -10 degrés celcius au camp I ajoutent au stress que Natalie doit supporter (vous comprendrez plus loin dans mon texte ce que j'entend par stress). Avez-vous déjà passé une nuit complète seule dans une tente par une belle soirée d'été, eh oui ils vous en passes des choses dans la tête. Imaginez-vous, qu'elle doit dormir seule dans sa tente perchée sur le flanc d'une montagne à 4800 m. Ce soir, Natalie aura sûrement une pensée pour chacun d'entre vous qu'elle connaît bien; tâchez de bien penser à elle et de lui envoyer des ondes positives. Elle en aura de besoin. Le petit bout de femme qu'est Nat m'a confirmé ce soir qu'elle allait essayer très fort de se rendre jusqu'au bout. Bonne chance Nat! Il y a deux hommes très courageux qui t'attendent au camp de base mais ce soir nous, tes amis et parents au Québec, joignons tout notre courage à celui de Stéphane et Philippe pour te supporter.
Maintenant pour le côté plus problématique de l'expédition!!!
Ce soir, notre collègue du camp I vie quelque chose de très énervant sur la montagne. Vers 17h00 les guides ont commencé à s'activer au camp, comme s'il y avait une urgence quelque part??? Natalie attrapait quelques brides de conversation en espagnol et essayait de comprendre ce qu'il se passait. Les guides qui l'accompagne étaient aussi énervés. Ils étaient même très avares de commentaires. Natalie à cru comprendre, en entendant le son d'un hélicoptère survolant les pourtours du camp, que la situation était sérieuse. C'est alors que ses guides Mickey, Pépé et Pinky (elle semblait sérieuse pour les noms des guides) ont réuni leurs troupes pour expliquer ce qui se passait. Les gardes parcs ont reçu, vers 17h00, un appel radio d'un guide qui était à 200 m sous le sommet sur une voie qui longe le glacier des Polonais, (notez que cette voie est beaucoup plus technique que celle empruntée par notre expédition) pour annoncer que quatre grimpeurs étaient inconscients dans la neige. Ils ont été pris dans la tempête qui fait rage depuis quelques jours sur l'Aconcagua (ce genre de tempête est appelée white winds). Natalie a été témoin de toute l'organisation que comporte la mise en place d'une équipe de sauvetage. Ils ont envoyé les guides les plus chevronnés du camp de base vers le camp I. Rendu au camp I, ils ont pris quelques minutes de repos pour organiser l'équipement de sauvetage disponible et repartir aussitôt vers le camp II. Ai-je mentionné que le tout se déroule en soirée. Ils finiront donc au camp II à la lampe frontale ce soir. Oui vous avez bien compris, ils auront couvert le double de la distance que nos amis ont franchie en six heures. Tout cela pour se reposer quelques heures et repartir pour le sommet vers deux heures du matin et espérer arriver aux grimpeurs en détresse à l'aube. Sur les quatre corps retrouvés, trois seraient déjà décédés et un quatrième inconscient mais toujours vivant. Le message radio proviendrait d'un guide qui les aurait trouvé dans cet état mais le contact radio aurait vite cédé la place au silence suite à une panne de batterie.
Maintenant, vous comprenez de quel stress je parlais pour Natalie en début de texte. C'est plutôt difficile de s'imaginer ce que Nat vit cette nuit, mais comprenez qu'elle a vécu cette tempête qui à emporté trois hommes ce soir. À 4800 m elle ne la trouvait pas drôle. Imaginez les malheureux qui se sont faits prendre au sommet à 6963 m. Elle doit se fier aux guides qui sont avec elle pour prendre la bonne décision de faire une tentative pour le sommet ou non. Pour le moment, la seule réponse que Natalie recevait des guides c'est: On verra demain! Si la température le permet, demain la journée sera consacrée à transporter de la nourriture vers le high col (un col situé à mi chemin entre les camps I et II). Avec quelques bonnes pensées positives, qui sait, la fenêtre de température s'ouvrira peut-être pour laisser passer notre collègue et ses guides. Quoi qu'il en soi, elle est entre bonnes mains et saura prendre la bonne décision au moment opportun! Lâche pas Nat nous sommes tous derrière toi.
Martin
Équipe ModeXP