Bonjour à tous,
Cette fois, ce sera vraiment mon dernier texte avant d’entreprendre la grande ascension. Comme vous avez pu le constater, il nous est extrêmement difficile de publier sur le blog dû au temps et à l’énergie (solaire) que cela demande. Donc, nous n’avons pas eu d’autres choix que d’avoir recours à une tierce partie. Notre ami Martin a donc accepté de jouer ce rôle. Nous le remercions de sa participation et de ses efforts à vous tenir informés de l’état des choses ici.
Il est évidemment très difficile pour lui de rendre l’émotion et l’état d’esprit dans lequel nous nous trouvons après une courte entrevue de 5 minutes tous les soirs. Cependant, cela vous donne à tous au moins quelques bribes de notre actualité et nous tenons à l’en remercier.
Ceci étant dit, voilà un peu de notre réalité ici au camp de base situé à 4200 m d’altitude. Je tiens tout d’abord à vous rassurer: tous les membres de l’équipe vont relativement bien. Pour ma part, j’ai eu quelques difficultés avec ma pression sanguine et mon taux d’hydratation sur lequel je travaille encore d’ailleurs. Sans compter les maux de tête que nous éprouvons tous à tour de rôle qui peuvent parfois être très violents. Demandez à Phil et Nat, ils vous parleront de leur descente du camp 1!! En plus de tous ces désagréments, il y a les douleurs musculaires liées à l’effort, Philippe en expérimente d’ailleurs les effets en cette journée de repos.
Laissez-moi maintenant vous parler un peu de notre journée d’hier, notre première ascension vers le camp 1. Nous sommes partis à 10h am à un rythme très lent, avec une charge d’environ 35 à 40 lbs chacun, à travers un petit sentier rocailleux qui monte dru ! Nous avons eu tôt fait de nous retrouver à flanc de montagne sur une pente très escarpée avec les roches qui glissent sous nos pieds. Si les guides y déambulent aisément, il en est tout autrement pour nos pauvres petits Nord Américains ! Après de longues heures sur ces pentes de roches, nous approchons enfin des «penitentes», ces curieuses formations de neige en pics dont certaines nous dépassent largement en hauteur. Ce fût un moment magique pour toute la troupe, mais de courte durée car la traverse de ces formations de glace et de neige n’est pas chose aisée. Il faut dire qu’elles se trouvent également à flanc de montagne et que l’inclinaison en ferait frissonner plus d’un, imaginez le tout doublé d’un puissant mal de tête qui vous frappe comme un marteau ! Voilà un peu de ce qu’il en coûte pour contempler la vue du Camp 1…
Nous sommes donc arrivés en haut complètement exténués et découragés ! Chacun dans son fort intérieur doutait qu’il avait les capacités de continuer plus loin. Certains ont pleuré au cours des derniers mètres d’ascension, certains se sont réfugiés dans leur moi profond pour trouver la force de continuer et d’autres ont resté impassibles. Pourtant, tous avaient le même regard inquiet lorsqu’ils levaient les yeux en direction du camp 2, situé bien au-delà du regard et de cette pente interminable qui se dressait devant nous. Puis, une fois notre charge laissée sur place dans des sacs aménagés expressément pour cela, ce fût le moment de redescendre.
Enfin, nous envisageons cette descente avec la promesse que ce mal de tête carabiné va disparaître avec les mètres d’altitude en moins. Cette descente n’a pas été si facile, surtout pour ceux qui n’ont pas de notions de ski alpin ou encore pour ceux qui, comme Philippe, souffrent de vertige. Nous nous lançons donc dans ces pentes rocailleuses à la manière de skieur alpin, se servant de nos bottes comme des skis et de nos bâtons de marche comme des bâtons de skieur. Ensuite, nous nous retrouvons à essayer de se frayer un chemin à travers ces fameuses «penitentes» qui nous obstruent la vue de leur hauteur. De là, nous pouvons observer, sur le flanc opposé, ce petit sentier de roches à flanc de montagne qui veut nous avertir de ce qui pourrait survenir: d’énormes rochers peuvent se décrocher de la parois glacée et tomber lourdement vers les pics de glace qui les attendent plus bas…
Finalement, le camp de base nous apparaît au loin! Sauvés croyons-nous, mais qu’en est-il de ces maux de tête? Disparaissent-ils comme par enchantement ? Eh non! Ils sont toujours là, bien présents et ils nous rappellent que rien n’est facile ici. Ce n’est qu’après un bon repas (pizza) et beaucoup de liquide qu’ils finiront par s’estomper, juste avant l’heure du repos bien mérité…
Bien, voilà ce à quoi ressemble une journée sur les pentes de l’Aconcagua. J’espère avoir réussi à vous le faire sentir un peu. Pour nous, aujourd’hui est un jour de repos, de lavage et de préparation pour les jours à venir… Voilà ce qui nous attend là-haut :
Jour 1, demain: ascension vers le camp 1, situé à 4885 m;
Jour 2 ascension vers le camp 2, situé à 5800 m et retour au camp 1;
Jour 3 repos au camp 1;
Jour 4 ascension finale vers le camp 2;
Jour 5 ascension vers le sommet, situé à 6962 m.
Nous n’avons aucune idée de ce qui va se produire dans les prochains jours. Tout peut arriver entre le camp 1 et le camp 2. D’après ce que nous en savons à présent, nous y perdrons assurément plusieurs joueurs et ensuite nous en perdrons davantage le jour du sommet…
Est-ce que nous y serons ? Difficile à dire à présent, car l’altitude nous réserve encore bien des surprises, mais soyez tous assurés d’une chose, chacun de nous ira au bout de ce qu’il lui est possible sans pour autant risquer sa vie. La montagne sera encore là pour de nombreuses années…
Merci à tous chers lecteurs assidus!
Vous connaîtrez la suite des événements via notre «reporter» et ami Martin et sur les ondes de Tag Radio dans l’émission du retour… Pour nous, il est temps de se préparer maintenant.
Au plaisir de vous revoir tous bientôt !
Stéphane Morin
Chef d’équipe