jeudi 15 mai 2008

Nous avons dépassé le Kilimanjaro (5,895m)

Holà,

La plupart des agences d'Arequipa offrent l'ascension du Chachani sur 2 ou 3 jours avec guide de montagne. Cependant, comme notre séjour d'acclimatation à Puno nétait pas prévu à l'horaire, nous avons opté pour un seul "push", c'est-à-dire en une seule poussée vers le sommet. Comme nous étions parfaitement acclimatés à 4,000m, nous avons réservé notre 4X4 pour le soir même! Notre aventure débuta donc vers 12h15 am dans le hall du Reyna où nous attendions avec fébrilité notre chauffeur privé moyennant la somme de 105 U$. Le trajet d'Arequipa - Chachani est d'une durée de +/- 2h sur une petite route sinueuse et peu carossable. Ce qui n'empêche pas notre jeune conducteur de s'y enfoncer à toute allure avec pour toute lumière que celle des phares du 4X4 qui se reflètent sur la montagne. Une fois arrivés à 5,080m, terminus tout le monde descend, c'est ici que commence la véritable aventure.

Nous ajustons sacs à dos, bâtons de marche et frontales, voilà que nous nous enfonçons dans la pénombre à l'assault du Chachani. Pour la première section, nous suivons un sentier montant en serpentin jusqu'au camp Azufrera (5,300m) situé au coeur d'un amas de rochers. Une fois passés le camp, la piste devient moins évidente et nous perdons de précieuses minutes à tenter de la reprendre. Cette piste de sable fin aux allures de cendres nous mènera au lever du jour au Col Fatima (5,600m). Il est maintenant 5h30 am et en face de nous se dresse, plein Ouest, le sommet du Chachani! Mais ne crions pas victoire, car pour l'atteindre, nous devrons traverser de nombreuses difficultés.

Première surprise (et de taille!!!) le premier glacier, il était en légère pente descendante mais tout de glace, impossible à traverser sans crampons. Première difficulté, chausser les crampons à plus de 5,600m d'altitude (rien à voir avec le confort du salon chez-nous!), il fait froid(-15 à -20 avec le facteur vent), nous devons donc conserver nos gants pour les chausser. Puis nous nous lançons, piolet à la main, à notre première traverse de glacier! Ce qui fût assez agréable devons nous l'avouer. Jusqu'à ce moment, nous étions encore convaincus qu'il s'agissait d'un des rares glaciers à traverser avant le Col Angel. Donc, une fois la traverse de +/- 20m effectuée, nous retirons crampons et rangeons notre piolet pour reprendre la piste. Mais voilà qu'à peine quelques mètres plus loin, nous arrivons face à une toute autre réalité! Devant nous se dresse un autre glacier, mais cette fois avec une pente de 35 à 45 degrés qui tourne sur lui-même de façon à dissimuler son importance...

C'est donc, cette fois-ci avec beaucoup de fébrilité, que nous rechaussons crampons et piolet, cette fois avec un peu plus d'aisance. Cette fois-ci avant de s'y aventurer, nous révisons les techniques d'auto-arrêt avec piolet quoique celles-ci soient moins efficaces sur ce type de glacier. En effet, il s'agissait ici de véritable glacier formé de glace vive et non recouverte de neige. C'est avec une certaine crainte que nous nous y engageons finalement, les crampons en entâmaient à peine la surface dure. À peine avions-nous franchit les premiers mètres, deuxième surprise, nous découvrons que celui-ci s'étend sur presque 1 kilomètre de long! Pas question de faire demi-tour! Nous franchirons donc la distance un pas à la fois en évitant de regarder en bas (ouff!!!).
Une fois l'interminable glacier traversé, nous constatons qu'il nous en reste encore plusieurs de moindre importance à franchir avant d'atteindre enfin le Col Angel! C'est donc, extrêmement fatigués que nous atteindrons le fameux Col vers 9h am. Nous réalisons alors que nous ne sommes pas à 100% de notre forme physique (à cette altitude, nous retrouvons seulement 50% du taux d'oxygène normal) et c'est également à ce moment que nous réalisons pour la première fois, qu'en cas d'accident, nous serions bien loin du reste du monde!

C'est donc fatigués à l'extrême que nous nous lançons à l'assault de la dernière partie du périple. Devant nous se dresse une pente de 45 à 60 degrés, laquelle nous devrons grimper par un autre sentier en serpentin. À partir de ce moment, nous devrons prendre une pause de quelques minutes tous les 15-20 pas! Une longue et interminable montée de 2h30min qui nous mènera, complètement exténués au sommet NE du Chachani (5,980m). C'est avec toute l'énergie du désespoir que nous avions franchit les derniers mètres de ce que nous croyions être le sommet, malheureusement pour nous il n'en était rien! Il se dressait là, encore loin devant nous, avec ces 6,080 mètres d'altitude. Je dis malheureusement car pour nous, nous savions qu'il s'agissait du point de non-retour, que si nous franchissions ce point à la poursuite du Sommet, nous risquerions de ne pas être en mesure de revenir... Alors, face à notre état de fatigue extrême, l'heure tardive, l'approche d'une tempête imminente et les 2 à 3 heures de rude montée nécessaire à l'atteinte du sommet, nous avons pris la seule décision qui s'imposait! Prendre une dernière photo et lui dire bonjour, à la prochaine fois...

Jetant un dernier et ultime regard vers le sommet, sans regret et avec le sentiment du travail accompli, nous entreprenons le long et pénible chemin de retour. Nous avions bon espoir de pouvoir contourner les glaciers par la vallée, toutefois, une fois arrivés à l'ombre de l'Angel, la dure réalité s'est vite imposée à nous. Nous devrons rechausser crampons et piolet pour franchir encore une fois la distance! Maintenant la tempête nous avait rattrappés et le vent s'imposait avec force sur les parois étroites du glacier. À peine le premier glacier franchit, Lorraine complètement exténuée s'effondre en larmes, elle devra puiser au fond d'elle-même pour trouver la force de continuer. C'est donc après quelques paroles réconfortantes et avec les jambes tremblantes que nous reprîmes le chemin de glaces vers le Col Azufrera! Inutile de vous dire que ce fût les plus longues et difficiles heures que nous ayons eu à traverser en montagnes. Le vent soufflait avec force et nous fouettait le visage, heureusement que nous avions des lunettes de ski.

Finalement, nous atteindrons le Col Azufrera vers 2h pm où nous retirerons enfin crampons et piolet. Nous enfilerons ensuite les quelques kilomètres qui nous séparent du 4X4 pour l'atteindre finalement vers 3h45 pm complètement vidés! Pendant la trajet qui nous sépare de notre lit au Reyna, nous réalisons à quelle point nous avons pris la bonne décision... Inutile de vous dire que nous passerons les 12 prochaines heures dans le confort de notre lit!
À suivre...